Aux fondations de Hanaëori 

Avant de commencer...

Ceci est mon histoire.
Elle est longue, parce qu’elle ne commence pas avec Hanaëori.

Pour comprendre sa naissance, il faut revenir aux fondations. À certaines blessures, à certaines rencontres, à certains moments de ma vie qui ont progressivement façonné la personne que je suis devenue.

J’ai choisi de raconter une grande partie de ce parcours, sans pour autant tout dévoiler. Certains détails de ma vie privée resteront volontairement personnels, parce que tout n’a pas besoin d’être raconté pour être compris.

Je ne prétends pas être un exemple à suivre. J’ai fait des erreurs, j’ai fait de mauvais choix et je suis loin d’être parfaite. Ce récit n’a pas pour but de me présenter comme une victime ou comme quelqu’un qui a toujours eu raison, mais simplement de raconter mon histoire telle que je l’ai vécue et telle que je la comprends aujourd’hui.

Il ne s’agit que de mon point de vue, avec mes souvenirs, mes émotions et ma propre perception des événements. Chacun est donc libre de l’interpréter à sa manière.

Ce récit parle de ce que j’ai vécu, de ce que j’ai ressenti, de ce que j’ai perdu… et de ce que j’ai fini par en faire.

Alors, avant de découvrir Hanaëori, il faut revenir au commencement.

Bonne lecture. 🤍

 - Mon adolescence - 

1. Le collège

Tout a commencé au collège.

À cette époque, j’étais une adolescente plutôt discrète, mais aussi très sociable. Je n’avais pas particulièrement l’impression d’être différente des autres.

Puis une relation a changé beaucoup de choses.

Après avoir fréquenté un garçon qui n’avait pas forcément une bonne réputation, des rumeurs ont commencé à circuler sur moi. Ma vie intime, ce que j’aurais fait ou pas fait, ce que j’étais supposée être…

Très vite, les rumeurs ont pris une place que je ne contrôlais plus.

Je suis devenue, aux yeux de certains, une personne dont j'ignorais l'existence..

C'est là que le harcèlement a commencé.

Certains jours, en revenant au collège après le déjeuner, un groupe de filles m’attendait. Elles se plaçaient autour de moi et me reprochaient des choses que je n’avais parfois même jamais entendues auparavant.

Le matin, avant d’entrer en cours, je passais devant un petit mur où des élèves avaient l’habitude de s’asseoir. Elles étaient là. Elles me regardaient. Je ressentais dans leurs regards du mépris, du dégoût, comme si j’étais devenue quelqu’un de sale.

Et petit à petit, j’ai commencé à croire que je devais être le problème.


1.2 J'ai demandé de l'aide

J’ai pourtant essayé d’en parler.

Un jour, j’ai demandé de l’aide à un surveillant.

Sa réponse a été simple :

« Si tout le monde a un problème avec toi, c’est forcément que le problème vient de toi. »

Je ne savais pas encore à quel point cette phrase allait rester avec moi.

Au lieu de comprendre que j’étais victime de harcèlement, j’ai commencé à chercher ce qui n’allait pas chez moi.

Alors j’ai changé.


1.3 J'ai commencé à jouer un rôle, porter un "masque"

J’ai commencé à réfléchir avant de parler.

À réfléchir avant d’agir.

À surveiller mes réactions.

À essayer d’être parfaite.

À essayer de ne donner à personne une nouvelle raison de parler de moi.

Petit à petit, j’ai construit un masque.

Je pensais qu’en devenant quelqu’un d’autre, quelqu’un de plus lisse, de plus irréprochable, je finirais peut-être par être acceptée.


1.4 Le refuge

Ma stratégie de survie

Quand je n’ai pas trouvé d’aide auprès des adultes, j’ai commencé à chercher du réconfort ailleurs.

Et je l’ai trouvé dans quelque chose qui, à l’époque, pouvait sembler complètement banal : une artiste, ses chansons, un blog.

Selena Gomez est devenue mon refuge.

J’avais mon Skyblog, sur lequel je partageais sa vie, ses chansons, son univers. Quand je rentrais chez moi après une journée difficile, je pouvais m’y réfugier.

Je n’étais pas particulièrement attirée par les sorties. J’étais très casanière et je passais énormément de temps chez moi. Alors, pendant quelques heures, je pouvais laisser le collège derrière moi.

Ses chansons me permettaient de penser à autre chose. Mon blog me donnait quelque chose sur lequel me concentrer.

Ce n’était peut-être pas une solution au problème.

Mais à cette époque, c’était mon réconfort. Et c’était ce qui m’aidait à tenir.


1.5 Vivre entre deux réalités

Ma famille ne savait pas.

Je n’avais pas raconté ce qui se passait à mes parents. À la maison, personne ne savait réellement ce que je vivais au collège.

Alors j’ai appris à séparer les deux.

Il y avait la réalité : les journées au collège, les rumeurs, les regards, le harcèlement.

Et puis il y avait mon monde à moi, celui dans lequel je pouvais me réfugier.

Je me concentrais simplement sur une chose : tenir jusqu’à la fin de la journée.

Même l’école a commencé à en subir les conséquences. Mes résultats sont devenus irréguliers et j’ai progressivement décroché, parce que je n’arrivais plus à être réellement concentrée sur mes études.


2. Une amitiée née de deux blessures

À cette période, une autre fille était elle aussi prise pour cible.

Elle venait de Madagascar et certains élèves se moquaient d’elle à cause de son accent.

Moi, qui savais déjà ce que cela faisait d’être regardée comme une cible, je ne pouvais pas rester sans rien faire.

Je l’ai soutenue.

Pas seulement quand elle était là. Aussi lorsqu’elle ne l’était pas.

Je ne pouvais pas me protéger moi-même, mais je pouvais peut-être la protéger, elle.

Une confiance s’est alors installée entre nous.

Je pensais avoir trouvé une amie.


2.1 La trahison - "Je pensais avoir trouvé une alliée"

Lorsque nous sommes arrivées au lycée, j’ai pensé que cette amitié allait continuer.

Mais lorsque les choses ont commencé à se retourner contre elle, elle a choisi de détourner les regards vers moi.

J’avais déjà une réputation au collège. Elle savait que les autres me croiraient facilement coupable.

J’ai eu le sentiment d’être sacrifiée pour qu’elle puisse, elle, échapper aux regards.

Cette fois, pourtant, quelqu’un a pris le temps de venir me parler.

La déléguée de ma classe est venue me voir et m’a demandé ce qui s’était réellement passé. Je lui ai raconté mon histoire et ce que je vivais.

L’affaire est ensuite remontée jusqu’à la CPE et j’ai été convoquée pour en parler.

Mais une nouvelle fois, la réponse que j’ai reçue m’a laissée avec cette impression étrange : c’était encore à moi de faire un effort.

On me disait que je devais essayer de m’intégrer davantage. Mais je leur ai répondu que je venais au lycée pour travailler, pas pour me faire des amis.

Et surtout, que si j’étais devenue aussi méfiante ou distante, ce n’était pas sans raison. C’était lié à mon histoire. À tout ce que j’avais vécu avant.

Je ne voulais pas qu’on me demande simplement de changer de comportement. Je voulais qu’on comprenne pourquoi j’étais devenue comme ça.

L’histoire n’est finalement pas allée plus loin.

J’ai continué à être cordiale avec cette fille puisque nous étions dans la même classe, mais notre relation avait changé. Nous n’étions plus vraiment proches.

- Le début de ma vie d'adulte -

3. Thomas

Puis ma vie a changé de direction.

J’ai rencontré Thomas.

Avec lui, j’ai vécu plusieurs années qui ont compté énormément pour moi.

Nous avons construit notre vie, nous avons eu un enfant, et j’ai quitté l’école.

Pour la première fois depuis longtemps, ma vie ne tournait plus autour de ce qui s’était passé au collège ou au lycée.

J’étais heureuse.

Et pendant un temps, c’était simplement ça qui comptait.


3.1 Une période heureuse... temporaire

À 15 ans, j’ai rencontré Thomas.

Et pendant les années qui ont suivi, ma vie a pris une direction complètement différente.

Pendant trois, presque quatre ans, j’ai été profondément heureuse.

Nous avons construit notre vie ensemble. Nous avons eu notre premier enfant et, pendant longtemps, j’ai eu le sentiment d’avoir trouvé mon équilibre.

Puis, à 19 ans, alors que nous attendions notre deuxième enfant, quelque chose s’est brisé.

Thomas m’a trompée pendant ma grossesse, avec une femme qu’il avait rencontrée dans le cadre de son travail.

Cette trahison a été un véritable bouleversement.

Je ne vivais plus seulement une déception amoureuse. Je devenais maman une deuxième fois, tout en essayant de comprendre comment la personne avec qui j’avais construit ma vie avait pu me faire autant de mal.


3.2 Après la trahison

C’est à partir de cette période que ma santé mentale a commencé à se dégrader profondément.

J’ai commencé à traverser des années de dépression.

Mon rapport à moi-même et à mon corps a changé. J’ai pris du poids, progressivement, dans cette période où je n’allais pas bien.

Pendant longtemps, je n’ai pas forcément compris tout ce qui était en train de m’arriver. Je savais simplement que je n’étais plus la même.

Après avoir passé mon adolescence à essayer de cacher mes blessures derrière un masque, je me retrouvais adulte, mère de deux enfants, avec une nouvelle blessure que je ne savais pas encore comment porter.


3.3 Le masque de la "mère parfaite"

À 19 ans, alors que j’attendais notre deuxième enfant, j’ai vécu une trahison qui a profondément changé ma vie.

Pourtant, pendant longtemps, je n’ai pas envisagé de partir.

À cette époque, je n’arrivais tout simplement pas à imaginer ma famille autrement. Pour moi, une famille, c’était nous, nos enfants, notre vie ensemble. Je ne concevais pas que nous puissions nous séparer et que chacun puisse, un jour, refaire sa vie de son côté.

Alors j’ai essayé de pardonner.

J’ai essayé de continuer.
J’ai essayé de reconstruire quelque chose.
J’ai essayé de croire que notre famille pouvait retrouver son équilibre.

Mais pardonner ne signifie pas forcément que la blessure disparaît.

À chaque dispute, chaque silence, chaque moment où je le sentais distant, cette histoire revenait. Je lui en reparlais, parfois même lorsque ce n’était pas directement lié à ce qui se passait. Parce qu’au fond, je n’avais pas réellement réussi à cicatriser.

La confiance avait été brisée, et je ne savais pas encore comment la reconstruire.

Au fil du temps, notre relation s’est dégradée. Et pendant que tout cela se passait, j’ai commencé à porter un autre masque.

Je n’étais plus seulement la fille parfaite que j’avais essayé de devenir adolescente. J’étais devenue la "mère parfaite".

Je voulais être une bonne mère. Être présente pour mes enfants. Maintenir notre famille. Faire fonctionner notre quotidien malgré ce qui se passait à l’intérieur de moi.

Alors je continuais.

Je faisais ce qu’il fallait faire.
Je m’occupais de mes enfants.
Je tenais ma maison, ma famille, ma vie.

Mais quelque part derrière tout ça, je ne savais plus vraiment comment être moi.

Je n’avais pas encore eu le temps de comprendre les blessures de mon adolescence que je venais d’en vivre une nouvelle, cette fois en tant que jeune adulte et en tant que mère.

J’avais appris très tôt à cacher ce qui me faisait mal.

D’abord derrière le masque de la fille parfaite.

Puis derrière celui de la mère parfaite.

Et pendant longtemps, je n’ai pas compris qu’à force de vouloir tenir tous ces rôles, je m’étais peu à peu oubliée.


3.4 Recommencer à vivre pour moi

Vers mes 24 ans, quelque chose a commencé à changer.

Ma fille était entrée à l’école et j’ai enfin pu reprendre ma vie professionnelle en main. J’ai eu la chance d’intégrer une formation dans la petite enfance, qui m’a permis d’alterner entre les cours et les stages pendant dix mois.

Cette période a été importante pour moi.

J’ai rencontré de nouvelles personnes, des collègues qui sont progressivement devenus des amies, et j’ai découvert un univers dans lequel je pouvais exister autrement qu’en tant que maman.

Petit à petit, j’ai recommencé à prendre ma place.

Je reprenais ma vie en main.

L’année suivante, à 25 ans, je me suis séparée de Thomas, une semaine seulement avant nos dix ans de relation.

Cette séparation a marqué le début d’une nouvelle étape.

Pour la première fois depuis très longtemps, j’essayais de vivre pour moi.

Mais cette liberté que j’avais tant cherchée n’était pas aussi simple que je l’avais imaginée.

Je me suis retrouvée face à une question à laquelle je n’avais jamais vraiment eu besoin de répondre :

Qui suis-je, moi ?

Pendant des années, j’avais été la fille qui essayait d’être parfaite.

Puis j’étais devenue la mère qui faisait tout pour préserver sa famille.

Et maintenant, je devais apprendre à exister sans ces rôles qui avaient occupé une si grande partie de ma vie.

Je me sentais perdue.

Je ne savais pas exactement ce que je voulais, où je voulais aller, ni même quelle personne j’avais envie de devenir.

Alors j’ai fait comme j’ai pu.

J’ai avancé petit à petit, avec le soutien de ma famille et des personnes qui m’entouraient. Je n’avais pas toutes les réponses, mais pour la première fois, je commençais à essayer de construire quelque chose qui m’appartenait.

Et c’est dans cette période, alors que je cherchais encore qui j’étais et ce que je voulais pour la suite, que je me suis inscrite sur une application de rencontre.

Sans savoir que j’allais y retrouver un visage de mon passé.


3.5 Une "nouvelle" rencontre

Après ma séparation, j’ai commencé à essayer de vivre davantage pour moi. Mais cette liberté nouvelle s’accompagnait aussi d’une grande sensation de vide. Je ne savais pas encore vraiment qui j’étais, ni ce que je voulais pour la suite.

C’est dans cette période que je me suis inscrite sur une application de rencontre.

Et un jour, je suis tombée sur un visage que je reconnaissais.

Il s’agissait de Nathan.

Nous avions été dans le même collège pendant une courte période, avant qu’il ne déménage. Mais nous ne nous étions jamais parlé, nous n’avions jamais été amis et il ne s’était absolument rien passé entre nous.

Je l’avais simplement déjà vu.

J’ai une très bonne mémoire visuelle et je me souviens facilement des visages. Alors, en le voyant sur l’application, je me suis simplement dit :

« Attends… toi, je te connais du collège. »

C’est comme ça que nous avons commencé à échanger.

Ce qui n’était au départ qu’une reconnaissance un peu amusante est progressivement devenu une véritable relation. Nous sommes d’abord devenus amis, puis cette relation a évolué.

Je me suis attachée à lui. Puis je suis tombée amoureuse.

De son côté, les choses étaient différentes. Ce n’est pas que mes sentiments n’étaient pas importants pour lui, mais il n’était pas prêt à vivre cette relation et ne souhaitait pas aller dans la même direction que moi.

Il a commencé à prendre ses distances.

Alors, petit à petit, j’ai fait de même.

Je ne vais pas raconter ici tous les détails de cette histoire. Elle fait partie de mon parcours, mais elle n’est pas encore l’histoire d’Hanaëori.

Parce que quelque temps après, j’ai rencontré Emrich.

Et c'est cette rencontre qui allait devenir le véritable point de départ de Hanaëori.


4. Emrich

Après Nathan, je me suis (re)inscrite sur une application de rencontre avec une idée très claire de ce que je voulais.

Sur mon profil, j’avais écrit que je n’étais pas là pour jouer, que je cherchais une relation sérieuse, que j’étais maman de deux enfants et que je savais ce que je voulais dans ma vie. Après certaines rencontres qui m’avaient déjà fait perdre du temps et beaucoup d’énergie, je ne voulais plus avancer dans quelque chose qui n’avait pas de direction.

C’est là que j’ai rencontré Emrich.

Il avait aimé mon profil et m’avait expliqué qu’il avait particulièrement apprécié ce que j’avais écrit.

Nous avons commencé à nous fréquenter et, pendant les quatre mois qu’a duré notre relation, nous nous sommes très bien entendus.

Emrich est sourd et porte un appareil auditif. Lorsqu’il ne le portait pas, nous ne pouvions évidemment plus communiquer de la même manière. Alors, très rapidement, mes enfants et moi avons commencé à apprendre la langue des signes pour pouvoir échanger avec lui dans ces moments-là.

Sa famille a rapidement rencontré la mienne, et inversement. De notre côté, lorsque nous étions ensemble, les choses se passaient bien. Nous pouvions avoir des désaccords, mais nous arrivions à parler, à nous comprendre et à chercher des solutions.

Nous avions commencé à faire des projets.

Et certains de ces projets venaient directement de lui.

Notamment celui d’avoir un enfant ensemble.

Nous parlions également de mariage.

C’est à partir de ce moment-là que notre relation a commencé à rencontrer une difficulté qui ne venait pas de nous deux, mais de notre entourage.

Quand notre couple est devenu un problème pour les autres (pour sa famille...).

Emrich avait toujours été très entouré par sa famille et avait grandi avec une forte présence parentale dans ses décisions. En raison notamment de sa surdité, ses parents avaient tendance à beaucoup le protéger et à prendre une place importante dans sa vie.

Lorsqu’ils ont appris que nous envisagions de nous marier et d’avoir un enfant, leur regard sur notre relation a changé.

Sa mère a commencé à considérer que j’avais une mauvaise influence sur lui.

Je serais devenue, selon elle, quelqu’un de toxique, quelqu’un qui le manipulait, qui cherchait à le diriger ou à lui faire faire ce qu’elle appelait « un toutou ».

Ce qui était particulièrement difficile pour moi, c’est que je n’avais pas la prétention de diriger sa vie.

J’avais plutôt l’impression qu’une partie de ce que sa famille craignait que je lui fasse était justement liée à la place qu’elle occupait déjà dans ses décisions.

Mais quoi qu’il en soit, leur décision était prise : notre relation devait s’arrêter.

Au début, Emrich ne voulait pas que nous nous séparions.

Pendant environ une semaine, nous avons continué à communiquer en secret. Nous parlions encore de notre avenir, de notre envie de rester ensemble, de nous marier peut-être plus tard et d’avoir toujours cet enfant dont nous avions parlé.

Puis, sans que je comprenne réellement ce qui s’était passé, il m’a bloquée partout.

Je me suis retrouvée sans explication.

J’ai essayé de comprendre. J’ai même contacté sa mère pour savoir ce qui se passait.

Après trois jours, Emrich m’a finalement débloquée.

Et il m’a expliqué que sa famille ne voulait pas de moi et que notre relation s’arrêtait là.

Nous avons essayé de rester amis.

Mais je n’y arrivais pas.

Parce que pendant que moi, j’essayais de comprendre comment une histoire dans laquelle j’avais autant cru pouvait disparaître aussi brutalement, je le voyais continuer sa vie.

Ses photos changeaient. Ses descriptions sur les réseaux sociaux changeaient. Sa vie continuait.

Et moi, j’avais cette impression terrible d’avoir simplement été effacée.

Comme si je n’avais jamais existé.

Comme si les projets dont nous avions parlé n’avaient jamais existé non plus.

Je me demandais :

Est-ce que tout cela avait vraiment compté pour toi ?

Est-ce que j’avais imaginé cette relation ?

Est-ce que j’étais la seule à y avoir cru ?

Je ne comprenais pas comment quelqu’un avec qui j’avais partagé autant de choses pouvait sembler continuer sa vie comme si je n’en avais jamais fait partie.

Et surtout, je me sentais abandonnée.

Au début, j’étais dans le déni. Pour moi, nous étions encore ensemble malgré la rupture.

Puis j’ai commencé à comprendre que ce n’était plus le cas.

J’ai essayé de sortir, de voir ma famille, de m’occuper l’esprit.

Mais même entourée, je me sentais seule.

Mon esprit revenait constamment vers lui.

Je pouvais être au milieu de plusieurs personnes et avoir malgré tout l’impression d’être complètement seule avec ma douleur.

Je n’arrivais pas à avancer de deux pas sans repenser à lui.

Et puis, un jour, j’ai reçu un appel de la gendarmerie.

Sa mère avait, semble-t-il, constaté que nous continuions à échanger et avait décidé de porter plainte contre moi.

À partir de ce moment-là, mon histoire a pris une direction complètement différente.

Et c’est là que commence réellement le chapitre qui donnera naissance à Hanaëori !


4.1 Le gendarme - Une oreille attentive

J'ai donc appris que la mère d’Emrich avait déposé une main courante à mon sujet.

Je n’ai pas été poursuivie et il ne s’agissait pas d’une plainte, bien que c'était son intention de départ. J’ai simplement été contactée par un gendarme de la ville où vivait sa famille, qui m’a demandé de venir pour discuter de la situation.

Lorsque je suis arrivée, il avait déjà entendu une partie de l’histoire à travers ce qui lui avait été rapporté. Au début de notre échange, j’ai donc entendu des choses qui correspondaient surtout à la version de sa mère : que j’aurais forcé Emrich à vouloir se marier avec moi, que j’aurais voulu lui imposer certaines choses…

Mais je ne me suis pas laissée enfermer dans cette version.

Je lui ai raconté ce qui s’était réellement passé de mon point de vue. J’ai expliqué notre relation, nos projets, la manière dont notre séparation s’était produite et ce que je vivais depuis.

Je n’ai pas non plus cherché à prétendre que j’avais toujours eu les bons mots ou les bonnes réactions.

Avec le recul, je savais que certaines choses que j’avais pu dire ou faire avaient peut-être été mal interprétées par Emrich ou par sa famille. Certaines paroles avaient probablement dépassé ma pensée.

Je pouvais le reconnaître.

Et je pouvais aussi m’en excuser.

Parce qu’au fond, beaucoup de ces paroles venaient de ma douleur.

Mais ce qui m’a particulièrement marquée ce jour-là, ce n’est pas seulement ce que j’ai raconté.

C’est la manière dont ce gendarme m’a écoutée.

Il n’était ni un proche d’Emrich, ni quelqu’un de mon entourage. Il n’avait aucune raison particulière de prendre mon parti.

Il était simplement extérieur à cette histoire.

Et pourtant, il a pris le temps de m’écouter, de me conseiller et de me faire réfléchir à certaines choses que, quelque part, je savais déjà.

Pour la première fois depuis longtemps, j’avais devant moi quelqu’un qui ne cherchait pas à me faire passer pour la méchante de l’histoire.

Quelqu’un qui ne me disait pas simplement que j’étais le problème.

Quelqu’un qui pouvait entendre ma douleur sans pour autant me dire que j’avais raison sur tout.

Et cette neutralité m’a fait énormément de bien.

Cette conversation a été un véritable déclic.

Pas parce que ce gendarme avait soudainement réglé ma vie.

Mais parce qu’il m’a permis de prendre un peu de recul sur ce que je vivais et de regarder ma situation autrement.

Et peut-être que, pour la première fois depuis longtemps, quelqu’un m’avait simplement aidée à comprendre plutôt qu’à me juger.


4.2 Un renouveau

Après la séparation avec Emrich, je me suis retrouvée dans un état que j’avais du mal à expliquer.

Je ne savais plus vraiment qui j’étais.

J’avais perdu bien plus qu’une relation. Avec lui, j’avais projeté une partie de mon avenir. C’était la première fois depuis ma séparation avec Thomas que je m’étais réellement autorisée à imaginer reconstruire une famille, me marier à nouveau, avoir peut-être un autre enfant et construire quelque chose de nouveau.

Alors lorsqu’il est parti, ce ne sont pas seulement ces projets qui se sont effondrés.

C’est une partie de l’avenir que j’avais imaginé pour moi qui s’est effondrée avec eux.

Je me sentais vide. J’avais des pensées très sombres, je ne savais plus où aller ni comment avancer. J’essayais de m’occuper, de sortir, de voir ma famille, mais mon esprit revenait constamment à lui.

Et puis Nolan est revenu dans ma vie.

Nous nous étions déjà connus quelques années auparavant, mais nos chemins s’étaient séparés. La vie nous a finalement remis l’un sur le chemin de l’autre au moment où j’en avais particulièrement besoin.

Il n’a pas été mon sauveur.

Il a été ma bouée.

Il venait me voir lorsque je n’allais pas bien. Nous pouvions passer des heures au téléphone. Il me parlait, me conseillait, me rassurait.

Et parfois, il ne faisait rien de tout cela.

Il était simplement là.

Il m’écoutait.

Et à certains moments, c’était exactement ce dont j’avais besoin.

Mais il n’y avait pas que lui.

Des amies, des connaissances, des personnes que j’avais rencontrées au fil des années ont commencé à prendre de mes nouvelles. Certaines avaient vu ma détresse à travers ce que je partageais sur les réseaux sociaux. Elles m’écrivaient pour me dire qu’elles aussi traversaient des périodes difficiles, qu’elles comprenaient, qu’elles voulaient m’aider.

Certaines m’envoyaient un texte.

Une citation.

Une vidéo.

Quelques mots simplement.

Des petites choses qui, mises bout à bout, ont fini par avoir beaucoup plus d’importance que je ne l’aurais imaginé.

Et puis il y avait ma famille.

Contrairement à mon adolescence, cette fois, ils savaient.

Ils savaient ce qui s’était passé. Ils connaissaient une partie de ma souffrance. Et surtout, je n’étais plus seule à porter ce que je vivais.

Petit à petit, j’ai compris quelque chose que j’avais eu énormément de mal à voir :

j’étais entourée.


4.3 Le retrait des masques.

En parallèle, j’ai commencé à changer.

J’avais déjà commencé à perdre du poids, et cette évolution s’est poursuivie après ma séparation.

Mais le changement le plus important n’était pas celui que les autres pouvaient voir.

Un jour, j’ai coupé mes cheveux.

Et pour quelqu’un qui avait toujours considéré ses cheveux comme une partie essentielle de son identité, c’était énorme.

Pendant des années, couper mes cheveux était presque impensable. Même couper quelques centimètres pouvait devenir une source de stress.

Et là, je suis passée à une coupe à la garçonne...

Pour la première fois, je me suis regardée dans le miroir et j’ai eu une sensation que je n’avais jamais vraiment ressentie auparavant :

« Je suis là. »

J’avais passé tellement de temps à me cacher derrière quelque chose.

Derrière le masque de la fille parfaite.

Puis derrière celui de la mère parfaite.

Derrière mes cheveux aussi, quelque part.

Comme si chaque période de ma vie avait nécessité un nouveau masque pour pouvoir continuer à avancer.

Et en coupant mes cheveux, j’ai eu l’impression de retirer le dernier.

Je ne cherchais plus à ressembler à ce que quelqu’un attendait de moi.

Je ne cherchais plus à être parfaite.

Je ne cherchais plus à être la personne qu’il fallait être.

Je me montrais simplement telle que j’étais.

Et pour la première fois depuis longtemps, j’ai commencé à me reconnaître.

Mais il y avait une chose que je devais encore accepter : je ne pouvais pas tout faire seule.

Pendant une grande partie de ma vie, j’avais fonctionné comme ça.

Au collège, j’avais essayé de demander de l’aide.

Plus tard, j’avais appris à encaisser.

À cacher.

À continuer.

À mettre un masque et à avancer.

Après la séparation avec Emrich, j’ai compris que je n’y arrivais plus.

Cette rupture avait réveillé des blessures que je pensais avoir laissées derrière moi depuis longtemps.

Je croyais que certaines cicatrices de mon adolescence étaient guéries.

En réalité, elles étaient peut-être simplement recouvertes.

Comme un pansement posé sur une plaie qui n’avait jamais complètement cicatrisé.

Et lorsque Emrich est parti, ce pansement s’est arraché.

Toutes ces anciennes blessures sont revenues avec lui.

L’abandon.

Le rejet.

La peur de ne pas compter.

La sensation d’être effacée.

La sensation de devoir être suffisamment parfaite pour être aimée et garder les autres auprès de moi.

Tout ce que je pensais avoir dépassé était encore là, quelque part.

Cette fois, j’ai donc accepté de demander de l’aide.

J’ai notamment été accompagnée par un psychiatre, parce que je savais que je n’arrivais plus à sortir seule de ce que je traversais.

Et cette décision a été importante.

Parce que demander de l’aide n’était plus, pour moi, un aveu d’échec.

C’était une manière de prendre soin de moi.


5. Ce que j'ai gagné en perdant

Avec le temps, j’ai commencé à regarder mon histoire différemment.

Je ne vais pas prétendre que tout ce que j’ai vécu était nécessaire.

Je ne vais pas dire que mes blessures étaient une chance.

Je ne vais pas romantiser la souffrance.

J’aurais préféré ne jamais connaître certaines choses.

J’aurais préféré ne jamais être harcelée.

Ne jamais avoir eu à porter certains masques.

Ne jamais connaître certaines trahisons.

Ne jamais ressentir certains abandons.

Mais malgré tout ce que j’ai perdu, j’ai aussi gagné.

J’ai gagné des rencontres.

Des amitiés.

Une famille présente.

Des personnes qui m’ont tendu la main alors qu’elles n’étaient pas obligées de le faire.

J’ai appris à mieux me connaître.

J’ai appris que je pouvais être vulnérable sans être faible.

Que demander de l’aide ne faisait pas de moi quelqu’un d’incapable.

Que je pouvais poser des limites.

Que je pouvais me tromper.

Que je pouvais ne pas être parfaite.

Et surtout, j’ai compris que je n’avais pas besoin de devenir quelqu’un d’autre pour mériter d’être aimée.

Je ne suis pas arrivée au bout de mon chemin.

Je suis encore en train d’apprendre.

Il y a encore des blessures qui font mal. Certaines journées sont plus difficiles que d’autres. Le deuil n’est pas quelque chose que l’on termine un jour pour passer définitivement à autre chose.

On apprend simplement à vivre avec.

Mais aujourd’hui, je sais quelque chose que je ne savais pas avant :

je ne suis plus seule.

Et c’est probablement l’une des choses les plus importantes que j’ai gagnées.


6. Ce que j'ai fais de ma souffrance

C’est finalement dans cette période que l’idée d’Hanaëori est née.

Pas parce que j’étais arrivée au bout de ma guérison.

Pas parce que j’avais toutes les réponses.

Mais justement parce que je savais ce que c’était de ne pas savoir vers qui se tourner.

Je savais ce que c’était de chercher de l’aide et de ne pas savoir comment la demander.

De rester seule avec ses pensées.

De ruminer pendant des heures.

De chercher quelque chose pour détourner son esprit.

De ne pas savoir quoi regarder, quoi écouter, quoi faire.

De simplement avoir besoin que quelqu’un nous tende une petite main, même pendant quelques minutes.

Et je me suis demandé :

Et si je créais l’endroit que j’aurais aimé trouver lorsque j’allais mal ?

Un endroit où l’on pourrait essayer de comprendre ce que l’on ressent.

Trouver des mots lorsque les siens manquent.

Découvrir qu’on n’est pas bizarre, seul ou incompréhensible parce qu’on traverse quelque chose de difficile.

Trouver des ressources.

Des idées pour s’occuper l’esprit.

Des histoires.

Des contenus.

Des petites choses qui ne vont peut-être pas régler une vie, mais qui peuvent aider à traverser une heure difficile.

Je ne peux pas promettre de sauver quelqu’un.

Je ne veux d’ailleurs pas que ce site prétende remplacer les proches, les professionnels ou une véritable prise en charge lorsque celle-ci est nécessaire.

Mais je peux offrir quelque chose que j’aurais aimé avoir : un endroit où commencer.

Et si Hanaëori peut permettre à une seule personne de se sentir un peu moins seule dans une période où elle pensait l’être complètement, alors tout ce travail aura déjà eu du sens pour moi.

J’ai longtemps essayé de cacher mes blessures.

Aujourd’hui, je choisis d’en faire quelque chose.

Pas pour oublier ce qui s’est passé.

Pas pour prétendre que tout va bien.

Mais pour transformer ce que je peux transformer.

Ma tristesse.
Ma colère.
Mes peurs.
Mes expériences.
Mes cicatrices.

Et peut-être qu’au lieu de rester uniquement les traces de ce que j’ai vécu, elles pourront aussi devenir quelque chose qui aide quelqu’un d’autre à avancer.

C’est comme ça qu’est née Hanaëori.

D’une histoire qui n’est pas terminée.
D’une personne qui n’a pas toutes les réponses.
Mais qui a enfin compris qu’elle n’avait plus besoin de porter seule ce qu’elle ressent.

Quelques mots avant de refermer cette histoire…

Les noms et certains éléments permettant d’identifier les personnes évoquées dans ce récit ont été modifiés ou entièrement inventés, afin de préserver leur vie privée.

Merci d’être arrivé(e) jusqu’ici.

Merci d’avoir pris le temps de découvrir mon histoire, ses blessures, ses détours… et finalement, la naissance de Hanaëori.

Merci pour votre lecture 🤍